Game of Thrones

Aventure et pouvoir sans bouger de son canapé !

 

Le thème musical du Trône de fer est exaltant, un appel au loin de violons, la réponse d’un violoncelle... encore des violons et quelques cuivres, une réponse à nouveau du violoncelle... le tout sur un fond de percussions entraînant dans la chevauchée héroïque vers Westeros.
Tout est réuni pour passer une heure loin de la réalité quotidienne, dans un univers imaginaire et pourtant hyper réaliste. Décors et lieux de tournage sont vastes et grandioses, les cités grouillent de gredins et de catins dénudées à la moindre occasion. On est dépaysé et en même temps tout nous paraît familier, avec la sensation étrange d’être dans un espace temps passé, avec le sentiment prégnant que tout ceci est très actuel. Nous voilà partis dans un mélange de Braveheart, du Seigneur des Anneaux mixé à un peu de Dallas, le tout pendant 60 heures !  
Bienvenue dans un moyen âge en technicolor sous les regards captifs des téléspectateurs de 173 pays. Pourquoi Game of Thrones est-elle donc à ce jour l’une des séries les plus vues mais aussi la plus téléchargée illégalement dans le monde ?

 

La quête du pouvoir
Une des clés est que l’on y voit le pouvoir s’y exercer sans fard. Une autre est que pouvoir intérieur et maîtrise de soi y sont une nécessité. A vrai dire, dans Le Trône de Fer, ceux qui luttent pour le pouvoir extérieur ne font pas de vieux os.  A première vue, les femmes, les bâtards et les exclus sont les oubliés de la saga, à première vue seulement car, au fur et à mesure que l’histoire se déroule, les voilà qui, à force d’obstination, mêlant opportunisme et force de caractère, trouvent le moyen de frayer leur chemin. Ici, seuls ceux qui oeuvrent pour ce qui est juste, gagnent le respect d’autrui et deviennent grands. Les exemples sont nombreux : de John Snow, qui entre dans la Garde nuit et en devient le chef, à Daenerys qui dompte les dragons et libère les esclaves de l’oppression, en passant par Brienne qui se donne corps et âme pour accomplir ses missions.
Dans ce monde où les riches suzerains des maisons du royaume n’ont pas de considération pour les petites gens et où seul le pouvoir importe, une seule maison semble sortir du lot. Son emblème est le loup et sa devise « l’hiver vient ». Le sens de ces mots apparaît au fur et à mesure des épisodes, pour devenir brutalement clair : la mort est parmi nous. Seuls, les valeureux représentants de cette famille semblent prendre conscience de la faiblesse humaine. Ce n’est sans doute pas un hasard si tout au long de la série, chacun de ses enfants traverse héroïquement les épreuves, en traçant son chemin.

 

L’héroïsme par procuration
D’une certaine manière, Game of Thrones nous donne à voir que tout homme après avoir souffert peut grandir, à l’image de la fine lame de Westeros, Jaime Lannister, qui se retrouve avec une main en moins, mais qui accepte la réalité et dépasse l’illusion de s’identifier à ce qu’il était. Il est l’illustration que tout être peut accepter sa vulnérabilité et développer la noblesse du cœur. Ainsi, épisode après épisode une morale se profile, que l’on pourrait résumer en disant : avoir conscience de ses failles, à Westeros comme aujourd’hui, permet de développer sa force.

Comme dans toute trame héroïque, la complexité même de l’existence, ainsi que les embûches rencontrées, permettent à nos héros d’accéder à une condition plus noble encore. Pour autant, si cette morale est partagée par des millions de spectateurs sur 5 continents, aspirent-ils vraiment à ce même chemin ou ne font-ils que compenser les frustrations de leurs vies en vivant l’héroïsme par procuration ? Là est la vraie question, car il nous appartient de vivre pleinement notre vie, sans peur, pas de la rêver. Alors pourquoi ne pas quitter nos pantoufles et accepter de vivre malgré nos faiblesses ? Chacun a son rôle à jouer aujourd’hui.

 

CONFERENCE - Game of Trones
Vendredi 12 mai à 20h à Bordeaux
Par Frédéric Vincent, philosophe, docteur en sociologie,  psychanalyste, auteur du livre  « Le réenchantement initiatique du monde :
Des mythes et des hommes »
Tarifs : 5€* / 8€ (*Etudiants, demandeurs d’emploi)